Lamine Sane

Sané n'a pas oublié Lormont

Le défenseur des Girondins de Bordeaux raconte comment le foot amateur l'a formé comme joueur et comme homme.

Lamine Sané, lors d'une réception à la mairie de Lormont, en 2010.

Lamine Sané, lors d'une réception à la mairie de Lormont, en 2010. (photo f. C.)

Lormont, le Stade Bordelais, Lormont, Agde, encore Lormont et enfin les Girondins de Bordeaux où il a fini par percer chez les pros fin 2009 : la carrière de Lamine Sané n'a pas suivi la trajectoire rectiligne des destins tout tracés. Bien au contraire, il a dû effectuer un long détour par le football amateur, qui l'a formé, pour lequel il a gardé une tendresse particulière et qu'il raconte volontiers, encore aujourd'hui.

Premier entraînement en jean

Lamine Sané, 25 ans et désormais 82 matchs (5 buts) de Ligue 1 derrière lui, est « tombé tout petit dans le football », qu'il a découvert comme tant d'autres dans ces finales de Coupe du Monde qui se disputent chaque jour dans les cours d'école.


À ce moment-là, quand tout commence, il suffit d'une rencontre pour tout changer. Sa chance à lui s'appelle Abdel Aki, venu porter la bonne parole du ballon rond aux gamins à la fin des cours. « Il m'a dit : je suis entraîneur à Lormont, viens t'inscrire ! J'y suis allé pour demander des papiers et je me suis retrouvé sur le terrain pour mon tout premier entraînement… en jean (rire). C'est à partir de ce jour-là que j'ai vraiment commencé à pratiquer en club ».

Abdel Aki est bien plus qu'un entraîneur pour lui. Un tuteur, presque un second père : « Il prenait vraiment soin de moi, m'achetait les crampons, venait me chercher pour l'entraînement, me ramenait, me payait le voyage, parfois, pour les tournois ». Ah, le tournoi de Pâques à Marseille… Souvenirs de jeu bien sûr et de tellement plus. Comme un voyage initiatique pour Lamine et ses copains de Lormont. « On partait pendant trois ou quatre jours, à deux par famille d'accueil, on rigolait comme des fous. C'est la première fois que je quittais mon quartier. Sur le terrain, on avait un vrai challenge à relever, on se donnait au maximum, on allait souvent assez loin dans le tournoi alors qu'en face, c'était des bons clubs et parfois des sélections ».

Pour l'honneur du quartier

C'est le temps du football en liberté. « Je me souviens des matchs contre Blanquefort, sourit Lamine. Eux, une équipe disciplinée, qui s'échauffait bien alors que de notre côté, on centrait, on tirait n'importe comment. L'entraîneur nous laissait libres et comme par miracle, on gagnait toujours.

C'est important de laisser les jeunes prendre leurs marques, se défouler et prendre du plaisir sur le terrain ». Et les derbys contre Cenon où la fierté du maillot et du quartier est en jeu ! « C'était le match à ne pas perdre ! En face, il y avait Floyd Ayité (formé aux Girondins, il joue désormais à Reims, NDLR). Il ne gagnait jamais. Une fois, on lui a même mis 5-0, il faut l'écrire (rire) ».

Le futur Girondin intégrera très jeune l'équipe senior lormontaise, à l'âge de 17 ans. « Face à des joueurs plus âgés, plus costauds, plus âgés. Ce n'est plus le même état d'esprit, il faut s'imposer mais on apprend vite. Je me souviens d'un match en particulier, à Saint-Jean-de-Luz, avec le Stade Bordelais. On sentait la pression du public autour du terrain, on se faisait insulter… C'est le mauvais côté du foot ».

Avant d'accrocher la lumière de la Ligue des Champions - ses premières minutes chez les pros à Munich ! - et de la Ligue 1, Lamine Sané a failli rester dans l'ombre, comme tant d'autres passés à côté d'une carrière pour un rien.

Bonnes fées lormontaises

Mais ses bonnes fées lormontaises continuaient de veiller : « L'ancien président Bernard Jacquelot, qui est allé chercher ma licence à Agde ; l'entraîneur Fabien Pujo, qui m'a cherché un club par tous les moyens. Je les connais ceux-là : si on leur demande, ils diront qu'ils n'ont rien fait alors qu'ils ont fait énormément pour moi. Je ne l'oublierai jamais ».

Il n'oublie pas, non plus, d'aller supporter son ancien club, où évolue son petit frère, en CFA 2. Et il n'a pas hésité quand Fabien Pujo lui a demandé de parrainer, avec l'autre Lormontais des Girondins Benoît Trémoulinas, la section football du collège Jean-Jaurès de Cenon, la première mise en place sur la Rive Droite de l'agglomération bordelaise. « C'est important pour moi d'essayer de faciliter leur projet grâce à mon image de footballeur professionnel. J'aurais aimé profiter d'une telle structure quand j'étais gamin ».

Finalement, ce qui était au départ un handicap est devenu sa force. Et une sorte de morale de son histoire : « Tactiquement, j'ai un peu de retard par rapport à d'autres pros mais mentalement, j'ai un temps d'avance parce que je suis issu d'un milieu où la difficulté était normale ».

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